Le référé précontractuel : 
définition, procédure et délais

Contester un marché public avant la signature

Un appel d'offres vient de s'achever. Votre offre a été rejetée. Vous avez des raisons de penser que la procédure était irrégulière — critères mal définis, analyse des offres contestable, candidature écartée sans justification valable. Il reste une fenêtre pour agir : le référé précontractuel.

C'est une procédure d'urgence prévue aux articles L. 551-1 et suivants du Code de justice administrative. Elle permet à un candidat évincé de saisir le juge administratif pour faire suspendre la signature du marché, avant qu'il ne soit trop tard. Une fois le contrat signé, ce recours n'existe plus.

Ce que permet le référé précontractuel

Le juge des référés précontractuels dispose de pouvoirs concrets. Il peut suspendre la procédure, ordonner des mesures correctrices, annuler certaines décisions de l'acheteur — totalement ou partiellement. En cas d'annulation totale, la procédure repart de zéro.

En cas d'annulation partielle, l'acheteur doit réexaminer les candidatures ou les offres.

Ce que le juge ne peut pas faire : attribuer directement le marché à un candidat, ni prononcer une indemnisation. L'objectif de la procédure est de rétablir la légalité, pas de compenser un préjudice. Pour la réparation financière, d'autres recours existent.

Quels marchés sont concernés ?

Le référé précontractuel s'applique à la très grande majorité des contrats de la commande publique :

  • les marchés publics, qu'ils soient passés selon une procédure adaptée (MAPA) ou formalisée (appel d'offres, procédure négociée, concours de maîtrise d'œuvre…),
  • les délégations de service public (DSP),
  • les contrats de concession,
  • les marchés passés par des entités adjudicatrices (opérateurs de réseaux, par exemple).

Sont exclus : les contrats privés des personnes publiques, les contrats internationaux, et certains contrats passés par des sociétés concessionnaires avec des tiers non-adjudicateurs.


L'introduction de la requête produit un effet automatique majeur : la signature du marché est suspendue. C'est pourquoi il faut agir vite, parfois dans les heures qui suivent la réception de la lettre de rejet.

Qui peut saisir le juge ?

Le recours est ouvert aux candidats évincés ayant un intérêt direct à conclure le contrat et susceptibles d'avoir été lésés par une irrégularité. Il n'est pas obligatoire d'avoir déposé une offre régulière — un candidat dissuadé de soumissionner par une procédure manifestement non conforme peut également agir.

En revanche, contribuables, élus locaux, associations et sous-traitants ne peuvent pas exercer ce recours. C'est une action réservée aux acteurs directement impliqués dans la mise en concurrence.

L'acheteur public peut lui aussi avoir intérêt à se faire accompagner dès la saisine du juge. La défense dans ce type de procédure obéit à des règles précises : contester les moyens du requérant, démontrer l'absence de lésion, ou établir que le contrat avait déjà été signé avant le dépôt de la requête, ce qui rend automatiquement le recours irrecevable.


Les irrégularités qui justifient un référé précontractuel

Depuis l'arrêt Smirgeomes (CE, 3 octobre 2008), le requérant ne peut pas invoquer n'importe quelle irrégularité. Il doit démontrer que le vice allégué est susceptible de l'avoir lésé. Les vices purement formels ne suffisent plus.

Les moyens qui prospèrent en pratique sont notamment :

  • un défaut ou une insuffisance de publicité,
  • une définition imprécise des critères ou des sous-critères de sélection,
  • une méthode de notation erronée ou discriminatoire,
  • le non-respect des critères annoncés lors du jugement des offres,
  • le rejet injustifié d'une candidature,
  • une offre anormalement basse de l'attributaire non détectée,
  • une négociation menée sans avoir été prévue dans le règlement de la consultation,
  • des délais insuffisants pour déposer une offre.

Les délais : une contrainte absolue

Le temps est le paramètre central du référé précontractuel. Pour les procédures formalisées (appel d'offres), l'acheteur doit respecter un délai de standstill de 16 jours entre la notification du rejet et la signature du marché (11 jours en cas de notification par voie électronique). C'est dans ce créneau que la requête doit être déposée.

Pour les MAPA, aucun délai de standstill n'est imposé. L'acheteur peut signer le lendemain de la lettre de rejet. Dans ce cas, il faut agir le jour même, ou au plus tard le lendemain.

Une fois la requête introduite, le juge statue dans un délai de 20 jours. Les parties sont rapidement fixées sur la régularité de la procédure. C'est une des rares procédures administratives à offrir une décision aussi rapide.

Une précision procédurale à ne pas négliger : le requérant est tenu de notifier sa requête à l'acheteur (article R. 551-1 du CJA). Sans cette notification, l'acheteur peut signer dans l'ignorance du recours, ce qui fait automatiquement tomber la procédure.


L'audience : une étape décisive

Contrairement à la plupart des recours au fond devant le tribunal administratif, l'audience en référé précontractuel est une étape clé. Le juge est unique, il n'y a pas de rapporteur public. Il n'a pas toujours pris connaissance de l'intégralité des mémoires avant l'audience — les dernières pièces peuvent encore être produites à ce stade.

La présence de l'avocat est déterminante. Il peut développer les moyens oralement, lever les zones d'ombre sur des points techniques (analyse des offres, marchés informatiques, calcul des critères), et répondre aux questions du juge sur les pièces du dossier. Sous-estimer l'audience, c'est risquer de perdre sur un point qui aurait pu être clarifié.


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